Construite vers 1816, la rue Dunant actuelle fait alors partie de la route conduisant à la Belvidere Farm de William Bowman Felton (1782-1837), propriété située dans le voisinage de la rue Felton du secteur de Rock Forest. Elle porte d’abord, évidemment, le nom de Belvidere Road. Vers 1945, elle est alors connue sous le nom de chemin de la Grotte parce qu’une grotte dédiée à Notre-Dame de Lourdes y a été aménagée, en 1908, par les Petites Sœurs de la Sainte-Famille. Le nom du chemin devient plus officiel lorsque le secteur est annexé à Sherbrooke en 1948, et que les infrastructures d’égout et d’aqueduc sont construites entre les rues Belvédère Sud et Jogues (rue RaoulBruneau depuis 1997). Le 13 novembre 1963, le conseil municipal de Sherbrooke lui substitue le nom de rue Dunant, pour rappeler la mémoire du suisse Jean Henry Dunant (1828-1910), fondateur de la CroixRouge en 1863. Cependant, le nom chemin de la Grotte demeure jusqu’aux environs de 1974, dans le canton d’Ascot.
Histoire du site de la grotte
Le 15 avril 1907, la communauté des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, dont la maisonmère est voisine du Séminaire SaintCharles-Borromée depuis 1896 (rebaptisé Séminaire de Sherbrooke en 1959), achète une ferme de Walter Gale : celle-ci comprend 70 acres, avec maison et grange, dont 20 à 30 acres en culture. Son entrée est située à l’emplacement de l’entrée actuelle du parc du Mont-Bellevue sur la rue Dunant. La communauté y tient des retraites annuelles, des pèlerinages et des piqueniques. En 1908, la ferme prend le nom de ferme Saint-Joseph, comme l’explique une lettre à la communauté de Mgr Paul LaRocque le 8 septembre 1908 : puisque saint Joseph, « père nourricier du saint Enfant-Jésus et l’époux de la bienheureuse Vierge Marie », a mérité d’être appelé le fidèle pourvoyeur des communautés religieuses. Après la construction de la maison générale de la communauté sur le chemin Drummond (rue Galt Ouest depuis 1952), la ferme est vendue à Irénée Gagnon, le 16 août 1930, et ce dernier la revend à l’Université de Sherbrooke en 1956. Le site est maintenant géré conjointement avec la Ville de Sherbrooke
Histoire de la grotte
En 1908, la grotte Notre-Dame de Lourdes est aménagée. L’année correspond justement avec le cinquantenaire des apparitions de la Vierge Marie dont a été témoin, en 1858 à Lourdes, sainte Bernadette Soubirous (1844-1879), d’où le nom de la grotte. Le lieu est en fait un abri-sous-roche (cavité peu profonde) dont mère Marie-Léonie avait remarqué la ressemblance avec la grotte de Lourdes. La communauté y installe, sur l’autel, une statue de saint Joseph qui avait été apportée à la ferme par sœur Marie-de-l’Assomption le 1er août 1907, ainsi que des statues de la Vierge Marie et de sainte Bernadette de part et d’autre de l’autel. Les statues de la Vierge Marie et de sainte Bernadette sont un don d’un professeur du Séminaire SaintCharles-Borromée, l’abbé Joseph Adélard Castonguay (1860-1936), qui espère ainsi obtenir sa propre guérison.
Après avoir fait défricher les abords de la grotte pour protéger l’installation, une devanture en pierres est érigée par l’entreprise Bérubé et Béchette. La grotte est inaugurée le 8 septembre 1908 avec la bénédiction de l’évêque du diocèse de Sherbrooke, Mgr Paul LaRocque (1846-1926). On y érige en même temps un chemin de croix. Le 16 juin 1915, Mgr Paul LaRocque autorise la célébration de la messe à la grotte. Une statue en bois du SacréCoeur, œuvre d’un père rédemptoriste, est installée sur un piédestal en béton à droite de la grotte et bénite le 5 juin 1921. À la suite de la vente de la ferme à la famille Gagnon en 1930, la communauté des Petites Soeurs de la Sainte-Famille rapatrie ses statues quelques années plus tard. Elles sont remplacées par l’épouse d’Irénée Gagnon qui s’est fait un devoir d’entretenir le site. Les statues originales de la Vierge Marie et de sainte Bernadette sont toujours exposées à la maison générale de la communauté. Les autorités ecclésiastiques et civiles de Sherbrooke approuvent un projet de restauration des lieux et l’inauguration de la grotte rénovée a lieu en même temps que la bénédiction des nouvelles statues, le 4 septembre 1955.
Même après la vente de la ferme à l’Université de Sherbrooke en 1956, madame Gagnon a continué de s’occuper de l’entretien du site, probablement jusqu’au début des années 1970. Pour le centenaire des apparitions de Lourdes en 1958, un grand défilé marital prend le départ de la cathédrale Saint-Michel pour se rendre à la grotte. La messe y est célébrée par trois évêques : Mgrs Georges Cabana, Louis-Joseph Cabana et Jean-de-Capistran Cayer. Dans les archives des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, il est mentionné que des personnes qui se sont rendues à la grotte pour demander des faveurs à la Vierge ont été exaucées. Elles rapportent le témoignage d’une mère qui a demandé la guérison de l’eczéma de son bébé en promettant de se rendre à la grotte à pied, avec son enfant dans ses bras et avec des pois dans ses souliers. Après avoir tenu sa promesse, son bébé aurait été guéri.
Entre 1957 et 1960, un chemin menant à la croix lumineuse dominant le mont Bellevue depuis l’Année sainte de 1950 est reconstruit, et il est pavé jusqu’à la grotte peu avant 1967. En 1967 également, à la suite de vandalisme, les statues de la Vierge Marie et de sainte Bernadette sont remplacées par de nouvelles statues, grâce à une levée de fonds de 300 $ organisée par madame Gagnon. Vers 1970, les bâtiments de ferme sont démolis, sauf les solages, qui le seront entre 1972 et 1976. Mais, on ne sait pas exactement quand les installations de la grotte ont été démantelées dans les années 1970. Peut-être qu’une lectrice ou un lecteur de Regards pourra nous le dire.

