Un des volets du projet Bienvenue à Sherbrooke consiste à faire connaître le parcours des personnes immigrantes qui considèrent Sherbrooke comme leur nouvelle maison. Les histoires qui sont partagées ici seront compilées en vue de la publication d’un livre numérique. Ce projet est possible grâce au soutien financier du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.
Tee-shirt, short et gougounes : grandir en Polynésie française
Taiti Amo est né en Polynésie française, là où le soleil et l’océan rythment la vie toute l’année. Tee-shirt, short et gougounes : c’est l’uniforme de l’île, en toute saison. Une vie au grand air, proche de la nature, où le temps s’écoule différemment. Son enfance, il la passe souvent aux côtés de son père. Ensemble, ils bricolent, rénovent la maison familiale : maçonnerie, béton, travaux de toutes sortes. Ces heures passées à construire de ses mains lui ont donné un goût du concret et une débrouillardise qui ne l’ont jamais quitté.Un coup de tête vers l’armée de l’air
Ce qui l’a poussé à quitter la Polynésie? Un mélange de raisons personnelles, économiques et une soif de liberté. Voir autre chose et trouver sa voie. La décision a été prise sur un coup de tête, sans en parler à personne : il s’engage dans l’armée de l’air française. Un saut dans l’inconnu, seul.La France : entre épanouissement et manque insondable
L’armée l’amène dans le Sud de la France, où il vit plusieurs années. Il s’y sent bien. Il aime sa vie là-bas. Pourtant, quelque chose lui manque. Il ne saurait pas dire quoi, mais ce manque est là, sourd, persistant. Les mutations professionnelles le mènent ensuite dans le Nord de la France, sans qu’il ait eu son mot à dire, puis en Normandie. Cette fois par choix, pour se rapprocher de sa conjointe. Le climat change du tout au tout : la pluie devient une compagne quotidienne, mais l’herbe reste éternellement verte.Un voyage de noces qui change tout
La décision de partir vers le Canada n’est pas venue d’un seul coup. D’abord une réflexion à deux, puis une décision familiale. À l’occasion de leur mariage, le couple reçoit de l’argent en cadeau. Plutôt qu’un voyage de noces traditionnel, ils choisissent de partir en famille au Québec, en 2022. Deux semaines dans différentes villes du Québec et quelques jours à Sherbrooke, une ville visitée en tant que touristes, mais qui laisse une empreinte. À leur retour en France, le désir de changer de vie ne les quitte plus. Il leur faudra 18 mois de démarches (papiers, demandes, procédures) avant de pouvoir franchir le pas.Une reconversion professionnelle à amorcer. Une vie de famille plus épanouie à construire. Une nouvelle page à écrire.LE PARCOURS DE TAITI À SHERBROOKE
Arrivés un 1er août : clés en main, matelas en chemin
La famille, deux adultes et trois enfants, débarque à Sherbrooke le 1er août, en pleine chaleur estivale. Dès l’arrivée, ils récupèrent les clés de leur appartement, accompagnés par leur personne ressource principale : Accès Études Québec, qui les a suivis tout au long de leurs démarches et les a aidés à obtenir leurs numéros d’assurance sociale (NAS). La première nuit se passe sans matelas, allongés sur leurs vêtements. Le lendemain, direction Montréal pour acheter des matelas et récupérer au passage une valise oubliée à l’aéroport. Deux nuits blanches. Et le sentiment, malgré tout, d’avoir atterri au bon endroit.Neuf mois de recherche et l’emploi souhaité
Les premiers défis ne tardent pas. La langue, d’abord : le français québécois, avec ses expressions, demande une adaptation. La radio Rouge Estrie devient une alliée précieuse, autant pour la compréhension et la prononciation que pour suivre l’actualité locale. Trouver un emploi à temps partiel s’avère difficile. Pendant neuf mois, les CV envoyés génèrent des offres à temps plein en logistique, mais ce n’est pas ce qu’il cherche. Jusqu’au jour où il décroche un poste de conseiller sportif au magasin Décathlon. Un emploi où il s’épanouit, qui lui permet de côtoyer des Québécois. Il s’intègre aussi grâce au sport, aux associations, aux festivals et aux liens tissés avec les jeunes de sa formation.Technicien dans les fermes laitières de l’Estrie
Sa formation terminée, Taiti travaille aujourd’hui comme technicien de service à Coaticook, dans une entreprise qui fournit des équipements aux fermes laitières de l’Estrie. Un métier qui lui va comme un gant. Il aime être au contact des animaux : discuter avec les vaches, caresser les petits veaux, échanger avec les propriétaires de fermes. Il a le sentiment de contribuer à quelque chose de concret : la matière première qui donnera naissance au fromage en grains ou à la crème glacée, devenue pour lui incontournable. Chaque journée apporte son lot de tâches variées, et c’est précisément ce qu’il aime.Des gougounes, du poisson cru et un fils trilingue
La Polynésie ne s’est pas effacée avec le dépaysement. Les liens avec ses parents et les amis qui sont dispersés aux quatre coins du monde se maintiennent. Au Marché de poisson de Rock Forest, Taiti trouve du thon rouge pour préparer ses sashimis. Le dimanche, la famille continue ses brunchs, comme on le fait à Tahiti. Et les gougounes?Toujours aux pieds, même l’hiver mais avec des bas, concession faite au Québec. Chaque membre de la famille a trouvé son équilibre, sa place. Taiti est particulièrement fier de son fils de 5 ans, qui parle français et connaît bien les expressions québécoises. Aussi, Taiti lui enseigne lui-même des expressions locales tout en portant en lui quelques notions de tahitien. Trois langues, trois identités, une seule famille.Ce qu’il voudrait que vous sachiez
La Polynésie française est peu connue au Québec. Sa référence pour en parler : le dessin animé Moana. Mais au-delà des images de carte postale, les Polynésiens sont des gens chaleureux, proches de la nature, qui vivent au jour le jour. Ne pas s’inquiéter de demain mais profiter du moment présent. Une philosophie simple, mais puissante. À ceux qui arrivent aujourd’hui, il dit ceci : adapte ton mode de vie à la vie québécoise. La vie est différente. Il faut prendre le temps de comprendre, tout réapprendre. Ouvrir son esprit. Et se fixer des défis car c’est en se mettant en mouvement qu’on devient acteur de sa propre vie. Si Taiti devait choisir un objet pour raconter son histoire, ce serait un ukulélé et un collier de coquillages, deux symboles de ses racines polynésiennes qu’il porte avec lui, où qu’il aille.

