J ‘ai 75 ans et je suis mère de deux garçons. Il y a quatre ans, jamais je n’aurais pensé devoir apprendre à dire non à l’un d’eux pour le sauver. Aujourd’hui, je me sens enfin prête à raconter mon histoire.
Mon fils et moi avions une grande complicité, jusqu’à ce que tout change à l’adolescence. Aujourd’hui âgé de 49 ans, il vit avec un trouble bipolaire. Après un grave accident de travail, la douleur l’a poussé vers la consommation.
À l’automne 2022, quand il s’est fait expulser de son appartement, mon cœur de mère n’a pas supporté l’idée qu’il dorme dans la rue. J’ai ouvert ma porte, convaincue que ce serait temporaire, « juste quelques semaines ». Cependant, il est finalement resté trois ans.
Trois ans où il refusait toute aide professionnelle. Trois ans où il s’est éloigné de ses propres enfants. Trois ans où je me suis retrouvée prisonnière de mon amour maternel. Mon fils me menaçait, me manipulait, contrôlait mes allées et venues. Les insultes verbales sont devenues quotidiennes. Me sentant trop coupable de refuser, je lui donnais beaucoup d’argent, incapable de lui dire non. Ce qui m’a conduite à épuiser mes ressources de retraitée.
À travers tout cela, je ne voulais pas inquiéter mon autre fils. J’étais ambivalente, paralysée par la peur et la honte. J’avais peur dans ma propre maison. Je me questionnais : comment avais-je pu en arriver là? Comment mon petit garçon était-il devenu cet homme qui me faisait peur dans ma propre maison? J’étais déchirée entre mon amour de mère et ma propre survie.
À l’automne dernier, j’ai contacté DIRA-Estrie, un organisme qui aide les aînés en situation de maltraitance. Admettre que je vivais une situation difficile avec mon propre fils a été déchirant, mais l’intervenante qui est venue me voir a changé ma vie.
Elle m’a fait comprendre quelque chose d’essentiel : mon fils est un adulte d’âge mûr. Ses choix lui appartiennent. En lui donnant de l’argent pour sa consommation et en tolérant ses menaces, je ne l’aidais pas. Au contraire, je contribuais à son problème. Je l’empêchais de grandir, de faire face aux conséquences de ses actes et de devenir autonome.
Avec le soutien de l’intervenante, j’ai appris à mettre des limites claires. J’ai installé un filet de sécurité autour de moi. J’ai appris à dire non. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai repris le pouvoir sur ma vie. En coupant ce lien malsain, je lui ai aussi redonné le pouvoir sur sa vie à lui. Aujourd’hui, je vis en paix dans ma maison. Cela n’a pas été facile, mais c’était nécessaire. Couper ce lien à 75 ans, ce n’est pas abandonner son enfant. C’est reconnaître qu’il est temps qu’il devienne pleinement autonome. C’est accepter que l’amour maternel ne signifie pas tout accepter ni tout endurer. C’est comprendre que parfois, dire non, c’est la plus grande preuve d’amour.
Vous vivez ou croyez vivre une situation de maltraitance?
Contactez-nous! www.dira-estrie.org ou 819 346-0679.
Service gratuit et confidentiel.


