En ces temps sombres où l’humanité est brassée, où on se demande si nous évoluons, si nous avançons ou si nous nous dirigeons vers une régression pire que la plus sombre de nos histoires, j’ai envie de vous parler de liens, de communauté, de ce qui fait de nous des humains.
Aujourd’hui ,je veux vous parler de ces liens qui nous unissent depuis la nuit des temps. La force de ces liens, le soutien de la communauté et la générosité qui traversent nos sociétés et nos communautés avant même que Prométhée n’ait offert le feu à l’Homme.
« Nul homme n’est une île », disait le poète anglais John Donne, car nous sommes toutes et tous reliés d’une manière ou d’une autre. Un fil d’Ariane qui nous relie, qui nous fait nous retrouver malgré et envers tout. En arabe, il existe un mot spécifique pour désigner cet esprit de communauté : « l’asabiyyah ».
L’asabiyyah, c’est cette solidarité sociale, ce lien profond qui unit les membres d’un groupe, ce besoin de cohésion sociale qui nous permet de nous épanouir et d’être heureux de façon individuelle mais aussi collective. C’est ce qui me manque quelquefois ici… décider simplement de me rendre chez ma gentille voisine sans prévenir, juste parce que j’ai envie de lui parler, de rire, de créer un lien. Remplir mon cœur et mon âme de cette intensité sociale qui ne peut exister qu’au contact d’autres humains… les relations humaines sur rendez-vous, comme je les appelle, freinent ces gestes spontanés qui caractérisent l’humain dans son essence grégaire.
Ne vous méprenez pas, je ne souffre pas d’isolement. Je suis bien entourée par mes personnes essentielles, mais la chaleur de l’Afrique me manque parfois. Je pense que c’est pour ça que même si je ne fête pas Noël, l’ambiance humaine incroyable qui règne pendant cette période me rappelle tellement la fête de Tabaski dans mon Niger natal. C’est comme si mon cœur et mon corps faisaient fi du froid physique et se nourrissaient de la chaleur sociale qui émane de chaque être que je croise. Le sourire est facile, le « bonjour » sort sans effort.
On parle de sentiment d’appartenance à une communauté. Ce sentiment fondamental pour avoir confiance, autant en soi qu’aux autres. Ce sentiment qui nous fait nous sentir aimée et en sécurité. Cela me fait penser à la tribu Ndébélé en Afrique du Sud. Dans cette communauté, lorsqu’un membre commet une erreur ou une faute, il n’est ni isolé ni humilié. Au contraire, la communauté l’entoure pendant plusieurs jours afin de lui rappeler tout le bien qu’il a accompli au cours de sa vie. L’objectif n’est pas de nier la faute, mais de refuser de réduire une personne à son erreur. L’erreur est vue comme une rupture temporaire du lien, pas comme une identité. En rappelant à la personne qui elle est au-delà de son acte, la communauté l’aide à retrouver sa place, à assumer sa responsabilité, et à être réparée sans être brisée.
Voilà, aujourd’hui, j’avais envie de vous parler comme si nous conversions… de souffler sur le feu de nos liens.

