Les organismes communautaires ont fait la grève le 1er mai pour demander un financement plus stable aux gouvernements. Leurs membres veulent pouvoir continuer d’aider les populations qu’ils et elles desservent.
Regards a discuté avec deux organismes pour comprendre les enjeux auxquels ils font face et les raisons de la grève.
La course aux subventions
Le groupe de recherche et d’intervention sociale de l’Estrie (GRIS Estrie) sensibilise à la diversité sexuelle et de genre. Il œuvre dans les écoles secondaires, dans les cégeps, dans les milieux de travail et dans les résidences pour personnes âgées.
L’organisme a seulement deux personnes employées permanentes pour près d’une centaine de bénévoles. À cela s’ajoutent cinq personnes employées assignées à des projets spécifiques. Quand les projets se terminent, ces dernières n’ont pas d’emploi assuré. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles « la course aux subventions [par projet] est un modèle qu’on critique beaucoup au sein du mouvement Communautaire à boutte », souligne Fleuve Parenteau, coordonnataire du projet de concertation rurale au GRIS Estrie.
Selon iel, le problème avec ce modèle est lorsqu’un organisme, comme le sien, « a très peu d’argent pour sa mission, et que l’essentiel de ses services passe par des projets, par exemple de deux ans ». La conséquence est « qu’à chaque période qui se termine, c’est comme un retour à zéro, avec des employés qui s’en vont », relève le coordonnataire. « C’est un élément central de pourquoi il y a beaucoup de burnouts dans le communautaire », signale Fleuve Parenteau.
Le financement par projet est également un problème, car des services offerts à la population sont éventuellement retirés. Par exemple, durant Fier la fête l’an dernier, un colloque sur la première ligne dans le Haut-Saint-François s’est tenu et « les professionnels ont nommé le besoin d’avoir plus [d’information] et d’avoir un programme de formation », explique Fleuve Parenteau. Son poste est financé en réponse à ce besoin, nommé au colloque qui réunissait environ 60 personnes de la première ligne du Haut-Saint-François.
« On remarque que dans les communautés rurales, il y a un manque de formation flagrant. Il n’y a pas beaucoup d’organismes communautaires », ajoute la coordonnataire. Parlant des projets communautaires en général, iel conclut que « les services [développés] sont essentiels. C’est des choses qui vont peut-être devoir disparaître parce que le projet va arriver à sa fin ».
Des salaires peu compétitifs
Le Centre pour femmes immigrantes de Sherbrooke a pour objectif premier de défendre les intérêts des femmes immigrantes en leur offrant une intégration socioprofessionnelle et des cours de francisation. Pour Teresa Bassaletti, directrice du centre, il est regrettable que des femmes diplômées doivent se résigner à être femmes de ménage.
Concernant la grève du communautaire du 1er mai, Mme Bassaletti dit que « l’objectif principal, c’est l’amélioration des subventions ». En ce moment, elle ne peut pas offrir des salaires compétitifs aux personnes employées. La directrice du centre s’offre elle-même environ 34 000 $ par année et doit payer les taxes municipales pour son local avec son salaire. « Si on veut que les choses s’améliorent, on doit dénoncer, on n’a pas le choix », souligne-t-elle.

Mme Bassaletti soutient que les salaires dans le communautaire sont moins élevés que dans le secteur public. Elle ne peut pas compétitionner, même avec le salaire des personnes préposées aux bénéficiaires.

