Musk, Zuckerberg, Bezos… Tous font l’apologie de l’intelligence artificielle (IA) et alimentent son grand récit en la présentant comme un atout sans faille pour l’humanité : lutte contre le changement climatique, conduite automatique des voitures, remèdes contre des maladies, vie éternelle… Aujourd’hui, l’IA inonde notre environnement quotidien et nous y avons recours bien souvent sans le savoir. Mais cette intelligence est-elle vraiment artificielle?
Les coûts cachés de l’IA — exploitation, santé et déséquilibres socio-économiques
Les IA sont produites à partir de milliards de données préparées et façonnées pour leur utilisation. Derrière leur glorification et leur sacralisation, ce sont en réalité entre 150 et 430 millions de data workers (travailleurs de données) qui travaillent sans relâche en coulisse pour leur fonctionnement. C’est la partie cachée de l’iceberg : leur travail consiste à annoter et à classifier des données en se basant sur des images ou des textes pour entraîner des modèles. Sans ce travail de fourmis, pas de chatGPT, Siri, chatbox, ni de conseiller virtuel!
Le problème, c’est que ce travail est délocalisé dans les pays du Sud. Ce n’est pas un hasard, mais un phénomène systémique. Ces entreprises visent volontairement des pays en crise économique avec des institutions faibles, des salaires bas, un chômage élevé et un droit du travail inexistant. La rémunération est extrêmement basse, suffisante pour survivre mais jamais pour élever le niveau de vie. En situation précaire et sans autres occasions, ces travailleurs cherchent désespérément du travail et acceptent ces tâches par dépit. La loi du marché fait le reste : dans les pays du Sud, on récupère les contenus dont personne d’autre ne veut.
Soucieuses de préserver leur image, les entreprises se gardent bien de dire qu’elles multiplient des abus s’apparentant à de l’esclavage moderne. Outre les bas salaires, l’essence même du travail est pernicieuse. Nombre de data workers sont contraints de visionner des contenus toxiques et de les annoter : violence verbale, meurtres, contenus obscènes, viols, pédo-criminalité… Les IA doivent apprendre à imiter le comportement humain, mais aussi à ne pas reproduire ce qu’on définit comme toxique. De surcroît, les conditions de travail sont désastreuses : bureaux déshumanisés avec interdiction d’échanger entre collègues, isolement dans des pièces fermées et confiscation des effets personnels sur le lieu de travail… Les data workers sont aussi contraints de signer des clauses de confidentialité. Ces contrats de non-divulgation les empêchent d’expliquer clairement leur situation à leur famille, de poursuivre ces entreprises en justice, amplifiant, de ce fait, la réclusion ressentie. Le paroxysme de cette exploitation s’illustre par l’interdiction de la syndicalisation des employés sous peine de licenciement, une pratique illégale selon l’Organisation internationale du travail.
Cette manipulation par les entreprises provoque souvent des séquelles irréversibles chez les travailleurs : anxiété, insomnie, dépression et comportements violents, menant parfois à la destruction de familles entières.
Il est grand temps de lever le voile sur le développement de l’IA pour casser le mythe de ce qu’on nous présente comme une « avancée sans précédent pour l’humanité ». En réalité, il s’agit de dynamiques typiques des relations Nord-Sud dans lesquelles les entreprises occidentales asservissent délibérément les plus pauvres pour maximiser leur profit.
Source : Documentaire Les sacrifiés de l’IA, Henri Poulain, février 2025
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