Selon un rapport de l’Union européenne, l’ensemble des activités économiques et des ménages des États membres génère plus de 2000 millions de tonnes de déchets chaque année. Mais comment ces déchets sont-ils traités et que deviennent-ils?
Bien qu’une part soit gérée au niveau national, un système de « commerce des déchets » s’est développé et nombre de détritus sont exportés vers des pays tiers pour y être traités. L’analyse de ce symptôme d’un monde largement mondialisé révèle une dynamique où les pays hautement industrialisés envoient leurs déchets vers des pays moins riches du Sud.
Ces flux s’expliquent notamment par une stratégie d’optimisation des coûts : dans les pays du Sud, le recyclage et la main-d’œuvre sont accessibles à moindres coûts et les réglementations sanitaires et environnementales sont moins strictes. Cet arrangement permet aussi aux destinataires d’acquérir des matériaux à petit prix, réutilisables dans leurs processus de production. Ces échanges, à priori gagnants-gagnants, découlent de la globalisation et de la libéralisation du commerce et se sont intensifiés récemment. Pour rester avec l’exemple de l’Union européenne, cette dernière a connu depuis 2004 une augmentation de 75 % de ses exportations de déchets.
Ce phénomène résulte cependant d’une logique de domination révélant de profonds déséquilibres entre les pays du Nord global et ceux du Sud, mal équipés pour une gestion efficace du flux entrant de détritus. Sous couvert d’échanges commerciaux, les pays en voie de développement deviennent ainsi victimes de dynamiques prédatrices des pays riches.
Derrière cette logique économique se trouve une réalité préoccupante mise en lumière pour la première fois en 2017 en Chine, acteur alors incontournable de ce commerce. De nombreux cas d’ordures contaminées conduisirent alors Pékin à fermer drastiquement ses frontières. Cette décision provoqua une panique sur le marché mondial du déchet et contraignit les pays occidentaux à identifier de nouveaux partenaires. Cette crise révéla que loin d’être vertueux, le commerce mondial du recyclage consistait surtout en un transfert des nuisances des pays riches vers les marges du monde.
De plus, ces pays, dont le noble rôle officiel est le recyclage, ne disposent pas toujours du matériel nécessaire pour gérer correctement ces déchets, qui finissent par impacter directement l’environnement et la santé publique locale. L’incinération à grande échelle des détritus propage, en effet, cette pollution dans l’atmosphère, mais également dans les sols et les plans d’eau, via les microplastiques.
La résolution éthique de ce problème est, en réalité, à chercher à sa source. Le commerce des déchets étant motivé par le capitalisme et la surconsommation, issus d’une course effrénée à la production, il conviendrait pour les pays émetteurs d’assumer la responsabilité de leurs détritus sans en déplacer les conséquences vers des zones moins favorisées. Enfin, la population des pays riches que nous sommes devrait aussi être sensibilisée au fait qu’une consommation plus responsable est de nature à réduire notre quantité astronomique de déchets et à rendre le monde plus équitable.
Sources :
https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/waste-trade/#what https://www.breakfreefromplastic.org/fr/2024/08/01/waste-tradea-form-of-colonialism/ https://www.bsi-economics.org/images/articles/050418.pdf

