Il est souvent trop facile d’associer les troubles mentaux à la violence. Pourtant, la réalité est plus nuancée : la grande majorité des personnes souffrant d’un trouble de santé mentale ne commet pas d’actes violents. Dans le livre Vivre avec son trouble bipolaire de Fabrice Saulière, on rappelle que seulement 3 à 5 % des actes violents seraient attribuables à des personnes ayant un trouble psychique. De plus, ces gestes ne sont pas toujours liés directement à leur pathologie, mais souvent à des facteurs externes.
Troubles mentaux sévères et
comportements violents
Les troubles mentaux graves regroupent des diagnostics comme la schizophrénie, le trouble schizo-affectif, le trouble délirant, le trouble psychotique non spécifié, la dépression majeure ou encore le trouble bipolaire. Dans l’opinion publique, ces troubles sont trop souvent associés à l’idée de dangerosité. Or, selon Stuart et Arboleda-Florez (2001) et Angermeyer (2000), cette perception est erronée. Le lien de causalité entre troubles mentaux et comportements violents est incertain et largement exagéré.Cette vision simpliste renforce la stigmatisation. Les personnes concernées se retrouvent marginalisées, jugées davantage sur leurs diagnostics que sur leurs actions. La psychiatre québécoise Valérie Trottier-Hébert insiste sur l’importance de ne pas associer automatiquement maladie mentale et dangerosité, afin d’éviter de creuser davantage l’exclusion sociale.Mythe de la non-responsabilité criminelle
La notion de « non criminellement responsable » contribue aussi à alimenter les préjugés. Dans l’imaginaire collectif, elle évoque immédiatement des crimes violents commis par des personnes atteintes de troubles mentaux. Ces affaires, très médiatisées, marquent l’opinion publique. Pourtant, elles demeurent des exceptions. Dans l’ensemble du système judiciaire, les cas de non-responsabilité criminelle sont rares et font l’objet d’évaluations strictes. Réduire un acte criminel à « il était malade » revient à simplifier une réalité complexe et entretient l’idée fausse que maladie mentale et criminalité sont indissociables.Repenser la perception sociale
Les données scientifiques démontrent clairement que la violence est bien plus influencée par des facteurs tels que la consommation de substances, la pauvreté, l’exclusion sociale ou un passé de traumatismes. Ces déterminants pèsent davantage que le diagnostic lui-même. Associer systématiquement troubles mentaux et violence revient donc à ignorer la véritable complexité de la problématique.Par ailleurs, les personnes vivant avec un trouble de santé mentale sont beaucoup plus à risque d’être victimes de violence que de commettre des actes de violence. Elles sont beaucoup plus victimes de violence que les personnes qui ne vivent pas avec un trouble de santé mentale.Un élément central à retenir est que la société amplifie ce lien au-delà de la réalité. Résultat : les personnes vivant avec un trouble mental sévère subissent un isolement et une marginalisation supplémentaires, ce qui complique leur rétablissement et freine leur inclusion sociale.Promouvoir l’éducation, l’empathie et le soutien
En définitive, si certains cas violents, impliquant des personnes atteintes de troubles mentaux, attirent l’attention en raison de leur gravité, ils ne représentent qu’une infime minorité. La grande majorité des individus concernés ne sont pas dangereux. Maintenir l’association entre maladie mentale et violence ne fait qu’alimenter la peur et la stigmatisation, au détriment d’une meilleure compréhension. Pour avancer, il faut placer les comportements violents dans leur véritable contexte, celui des facteurs sociaux, environnementaux et individuels et promouvoir l’éducation, l’empathie et le soutien.