Sarah Proteau, directrice de l’organisme Commun’Action Ste-Jeanne-d’Arc, nous parle avec enthousiasme de cette belle réalisation : une épicerie solidaire au cœur de notre communauté.
L’Épicerie solidaire est née d’un constat simple et urgent. En 2017-2018, il n’existait pratiquement aucune option d’alimentation abordable dans les environs. Pour beaucoup de résidents et résidentes, les épiceries les plus proches se situaient en dehors du quartier. Sans voiture, ces déplacements devenaient un véritable obstacle. Devant cet enjeu, l’organisme local a décidé d’agir : créer une petite épicerie solidaire, d’abord installée dans un local bien plus modeste qu’aujourd’hui, avec quelques produits de base et une idée centrale — offrir un accès digne et abordable à l’alimentation.
Dès le début, l’épicerie s’est voulue ouverte à toutes les personnes du quartier. Aucune preuve de résidence, aucun justificatif de revenu : la mission est territoriale et inclusive. L’équipe savait que demander des documents peut être stressant et décourageant. Ici, on mise sur la confiance. Et, en réalité, les gens qui disposent de moyens suffisants fréquentent rarement l’épicerie : ils ont un véhicule, vont au supermarché, ou choisissent d’autres commerces. La clientèle naturelle reste celle du quartier, pour qui la proximité et les prix adaptés font toute la différence.
Le fonctionnement repose largement sur les bénévoles, véritables piliers du projet. Certains sont de véritables experts et expertes des circulaires. Grâce à une application qui regroupe les spéciaux des grandes chaînes, ils et elles comparent, analysent, anticipent les cycles de prix — ils savent presque à quel moment un produit descendra à 97 cents. Chaque semaine, ces bénévoles établissent une liste de rabais, que les bénévoles responsables des achats ajustent en fonction des stocks et des besoins. Le tout est collaboratif : chacun apporte son œil, ses repères, ses astuces.
Malgré l’efficacité du modèle, un défi persiste : l’absence de subvention directe pour l’épicerie. Tout ce qui est acheté doit être vendu, ce qui limite l’accès à des produits plus coûteux comme le bio ou les articles provenant d’agriculteurs locaux. Avec environ 35 à 40 clients par jour (l’épicerie est ouverte une journée par semaine) et un espace de stockage restreint — un frigo et trois congélateurs —, il est impossible d’emmagasiner de grandes quantités de denrées. L’équipe réfléchit toutefois à des partenariats, notamment pour récupérer des surplus agricoles, mais cela demande une logistique qui reste à construire.
À côté de l’épicerie, une belle initiative a émergé : la cuisine bénévole. Un lundi sur deux, un petit groupe prépare entre 60 et 100 portions de repas, vendues à environ 3 $ chacune. L’objectif initial était d’éviter le gaspillage : transformer les invendus en potages, plats mijotés ou recettes équilibrées. Aujourd’hui, ces repas sont devenus un service apprécié, en particulier par les personnes vivant seules. Cuisiner pour soi peut être décourageant; ici, on retrouve le goût de manger varié, sans se ruiner.
L’épicerie est aussi un lieu de rencontre. Des groupes de francisation viennent la visiter, des organismes amènent leurs participants et participantes, des voisins et voisines se donnent rendez-vous pour une première visite rassurante. Pour certaines personnes isolées, entrer pour la première fois représente déjà une victoire. Ce petit commerce solidaire crée du lien, de la confiance, et surtout, une communauté où chacun et chacune peut trouver sa place.

