Il y a des gens qui apprennent l’interculturel dans des livres… Moi, je l’ai appris dans une cour, sur la terre battue, entourée de cousins, de voisines, et d’une quantité incroyable de tantes (certaines dont je ne connais toujours pas le lien de parenté exact – la « parenté longue manche » – comme on dit chez nous. Ahahha!). Et je vous jure que c’était la meilleure école!
Dans plusieurs pays d’Afrique, on n’attend jamais d’avoir « fini le ménage » ou « prévu un repas » pour accueillir quelqu’un ou quelqu’une.
Quand tu entends Salam Aleykoum à la porte, tu n’as aucun temps de te dire : Je n’ai rien préparé, que la personne est déjà assise. C’est ça l’hospitalité en Afrique : au-delà du geste de bienveillance, c’est un fondement moral et social, une marque de solidarité, de communauté et d’ouverture.
Et même si tu n’avais rien à offrir cinq minutes plus tôt, comme par magie, tu réussis à dégoter ne serait-ce que du thé et des friandises.
Cette capacité à accueillir, à créer de l’espace pour l’autre, à inviter quelqu’un dans sa réalité, je la porte avec moi chaque jour ici. Dans les rencontres, les échanges interculturels, les événements que je coordonne, j’essaie toujours de me rappeler que parfois, le plus grand cadeau qu’on peut faire à quelqu’un, c’est un espace où il se sent chez lui.
Au Niger, la diversité est là, dans la rue, dans les langues, dans le thé qui chauffe et les rires qui dépassent le volume raisonnable (ceux et celles qui me connaissent en savent quelque chose. Ahahah!).
Ma diversité ne s’excuse pas. Elle s’exprime. On peut passer du Haoussa au Zarma, au français, sans se rendre compte qu’on vient de changer trois fois de langue. Hahaha!
Cette liberté d’être soi-même, cette façon de célébrer la vie même quand elle n’est pas simple, c’est l’une des choses que j’aime le plus partager ici, au Québec. Parce que l’interculturel, ce n’est pas seulement « apprendre l’autre ». C’est se laisser toucher par ce que « l’autre » apporte, même quand c’est nouveau, différent, déstabilisant…
Quand je suis arrivée ici, j’ai appris rapidement que certaines phrases ne voulaient pas dire ce que je pensais.
Par exemple :
Au Québec : « On devrait se voir bientôt! »
Au Niger : « On se voit demain. »
Ici : c’est une émotion. Une vibe. Un souhait. Une pensée positive dans l’univers.
J’ai appris aussi, à mes dépends, que le froid n’est pas juste un climat, c’est une attitude… à preuve, mes quelques glissades non souhaitées. Ahahah!
Mais au fond, ces chocs-là ne m’ont pas éloignée des gens. Ils m’ont confirmé quelque chose que je savais déjà au fond de moi : que l’interculturel commence quand on accepte d’apprendre… beaucoup.
Je ne suis pas « entre deux ou même plusieurs cultures ». Je suis faite de toutes ces cultures. Et c’est dans cet espace, ce pont entre deux mondes, que je trouve ma mission : créer des ponts pour que les autres puissent, eux aussi, se rencontrer. Apprendre de l’autre sans s’oublier, et offrir à l’autre sans se perdre.
Aujourd’hui, j’avance avec mes deux bagages : celui du Niger, rempli de chaleur, d’histoires, de croyances, de plats qui réchauffent autant l’estomac que l’âme. Et celui du Québec, rempli de rencontres, de projets, d’apprentissages et d’un vivreensemble qui se construit un pas à la fois.

