Je suis musulmane.
Dans la religion musulmane, le jeûne du mois du Ramadan est un des cinq piliers de l’Islam. Quand je vivais encore au Niger, ce mois béni était un moment particulier de partage, de générosité et de souci de l’autre partout au pays.
Une fois au Québec, j’ai voulu continuer… ce ne fut pas toujours facile. J’ai arrêté parfois, je l’avoue, mais ces dernières années, je m’y suis remise. Pas par obligation, mais simplement par intention. Le jeûne du mois du Ramadan, pour moi, ce n’est pas seulement d’arrêter de manger et de boire du lever au coucher du soleil, c’est surtout un mois pour ralentir.
Quand on parle du mois du Ramadan, on parle beaucoup du jeûne (et c’est normal, c’est la partie la plus visible). Mais derrière l’absence de mon thé favori le matin (bizarrement, c’est ce qui me manque le plus pendant le jeûne de cette période) et les soupers tardifs, il y a autre chose. En effet, je suis (en tout cas, j’essaie de l’être) plus attentive à mes paroles, plus patiente, plus généreuse. Je me rappelle que rien n’est acquis, même les choses que l’on croit ordinaires, comme un verre d’eau.
Vivre le Ramadan ici, au Québec, ajoute une couche bien particulière au jeûne. Les horaires de travail ne changent pas, les réunions continuent, les échéances aussi. Parfois, j’explique, en répondant à des questions sur le pourquoi je ne mange pas… parfois aussi, je ne dis rien. Et c’est correct. Le jeûne du Ramadan n’est pas un spectacle ni un exercice de comparaison. Chacun et chacune le vit à sa façon, selon son rythme, son corps, sa réalité. Il n’y a pas de médaille à gagner.
Le mois du Ramadan, c’est avant tout un mois d’intention, de bienveillance, de générosité et de liens humains, bien plus qu’une épreuve à réussir.
Puis arrive l’Eid el-Fitr, la célébration qui suit la fin du jeûne du Ramadan. Après un mois de retenue, place à la joie. Au Niger, on se lève tôt, on se fait belles et beaux, on se rend à la prière à la mosquée, souvent entourés de centaines d’autres personnes. On se sourit, on se souhaite Eid Moubarak, on se serre dans les bras (parfois même avec des personnes inconnues).
Après la prière, on se met à la cuisine. Toute la maison sent les plats mijotés, les desserts partagés faits maison, les visites improvisées, les sourires spontanés qui éclairent les visages. C’est un moment pour appeler ou rendre visite à ceux et celles que l’on n’a pas assez appelés, que l’on n’a pas assez vus; un moment pour pardonner et demander pardon; un moment pour donner. Dans la tradition musulmane, on fait d’ailleurs un don pour s’assurer que tout le monde puisse célébrer dignement, parce que la joie, quand elle est partagée, est toujours plus grande.
Je sais que le jeûne du Ramadan et l’Eid el-Fitr restent méconnus pour beaucoup et mon intention n’est pas de vous convaincre de quoi que ce soit. J’ai surtout envie de partager; de dire que derrière ces traditions, il y a des valeurs profondément humaines : la gratitude, la solidarité, la bienveillance, la générosité, le souci de l’autre.
Alors quand l’Eid el-Fitr arrive, ce n’est pas seulement la fin d’un jeûne : c’est le rappel qu’on peut ralentir et célébrer ensemble ce qui nous rassemble.

