Nous sommes entrés dans une classe du niveau 3 du programme de francisation du Centre Saint-Michel à Sherbrooke afin de mieux comprendre les défis auxquels sont confrontés les étudiants ainsi que le programme de francisation lui-même en matière d’intégration et d’apprentissage du français.
Les salles de classe qui étaient pleines d’étudiants entre 2022 et 2024 semblent aujourd’hui à moitié vides. Chaque année, le nombre de personnes inscrites au programme de francisation diminue, malgré l’importance de ce programme provincial pour l’intégration des nouveaux arrivants.
Le professeur Vincent Vachon nous a permis de réaliser un reportage immersif dans sa classe. Nous avons interrogé les étudiants sur les défis qu’ils rencontrent dans l’apprentissage de la langue française ainsi que sur les enjeux liés à leur intégration culturelle à Sherbrooke.
Les témoignages recueillis révèlent plusieurs points communs. Les étudiants souhaitent apprendre le français afin d’améliorer leurs perspectives d’emploi, d’augmenter leurs revenus et de gagner en autonomie dans leur intégration à la société québécoise.
Cependant, certains estiment que la province leur ferme progressivement des portes en raison des changements apportés aux politiques de régularisation du statut migratoire et aux conditions d’accès aux programmes de francisation.
« Chaque année, il devient plus difficile pour les nouveaux arrivants d’accéder aux programmes de francisation. Après les changements apportés par le gouvernement du Québec en 2024 et 2025, notamment la suspension temporaire du programme en raison de contraintes budgétaires, les démarches administratives sont devenues plus complexes pour obtenir une place », affirme le professeur Vachon.
Il exprime également son inquiétude quant à la prochaine rentrée scolaire, qui suivra les vacances d’été. Le Centre Saint-Michel n’a reçu jusqu’à présent qu’une dizaine de demandes d’inscription.
« C’est incroyable. Je sais que l’immigration a diminué, mais je sais aussi qu’il y a encore beaucoup de personnes intéressées à apprendre le français. Malheureusement, les démarches administratives, les plateformes en ligne parfois peu accessibles et d’autres obstacles rendent l’accès à la francisation plus difficile », explique Vincent Vachon.
Les entrevues avec les étudiants ont été réalisées de dos afin de protéger leur identité. Certains sont actuellement en processus de demande d’asile ou de protection et ne souhaitent pas révéler leur localisation pour des raisons de sécurité. Malgré cela, ils affirment leur engagement envers leur intégration et leur apprentissage de la langue française.

