Cette année encore, la précarité alimentaire a augmenté. On a compté de nombreux articles dans tous les médias tout le mois de décembre. Selon le bilan des organismes de distribution de denrées alimentaires, Moisson Estrie a vu une augmentation d’environ 22 % du nombre de personnes aidées. La Fondation Rock-Guertin a eu plus de 3 650 demandes de paniers de l’espoir en 2025, une hausse de 24 %. Tous les organismes qui œuvrent en sécurité alimentaire le nomment. Les gens ont eu faim en 2025. L’aide alimentaire du temps des Fêtes soulage un peu, mais, malheureusement, les estomacs sont aussi vides que les portefeuilles en janvier.
Dans ce cadre, le non-rehaussement du financement des organismes de la part du gouvernement relève de l’indécence. Michel Chartrand, syndicaliste de la première heure, disait :« Ça m’humilie qu’il y ait des pauvres dans mon pays ». Personnellement, je trouve que ne pas être en mesure de répondre à la demande des gens qui veulent simplement manger est enrageant. Manger. On ne parle pas d’acheter des choses inutiles, juste de manger à sa faim.
Les recommandations afin de diminuer le coût de notre panier d’épicerie pleuvent : « Choisissez les légumineuses », « Utilisez les applications anti-gaspillage », « Surveillez les circulaires », « Utilisez les coupons », « Planifiez votre menu en fonction des spéciaux ». Toutes ces injonctions nous font croire que l’individu porte sur ses épaules le fardeau de l’alimentation. Or, l’alimentation, c’est collectif, c’est économique, c’est politique, c’est social!
Le cartel du pain est un exemple parmi d’autres où l’industrie alimentaire se moque bien des consommateurs. Le meilleur moyen de renverser la vapeur, c’est de se regrouper. Ainsi, on augmente son pouvoir, qu’il soit politique ou d’achat. Je ne peux que vous faire l’éloge de la cuisine collective qui fait exactement cela. Le
Blé d’Or, c’est un lieu, une structure, qui permet de vous regrouper afin de diminuer vos coûts et diviser la tâche. Malheureusement, nos ressources sont limitées, pour ne pas dire diminuées, face à la demande grandissante.
Je l’ai dit, se regrouper augmente son pouvoir. Mai 1995 a vu la grande marche sociale du Pain et des roses, qui revendiquait, entre autres, un niveau de vie décent. Mars 2012 a vu le Printemps érable, avec ses manifestations spectaculaires. Tranquillement, au Québec, on sent qu’une grève sociale se prépare. Une grève contre la faim, contre la hausse du coût de la vie, contre les coupures visant les plus démunis. Il n’est pas impossible que 2026 voie un autre printemps de mobilisation s’amorcer. Ventre plein n’a pas de rage, disait Félix Leclerc. Actuellement, les ventres grondent. Seront-ils entendus?

