Un des volets du projet Bienvenue à Sherbrooke de Commun’Action Ste-Jeanne d’Arc consiste à faire connaître le parcours des personnes immigrantes qui considèrent Sherbrooke comme leur nouvelle maison. Les histoires qui sont partagées ici seront compilées en vue de la publication d’un livre numérique. Ce projet est possible grâce au soutien financier du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).
Née en 1990, en Afghanistan, Sahar Asefi n’a qu’un an et demi lorsque sa famille est forcée de fuir son pays natal en 1992, en raison de la guerre civile qui déchire le pays. Elle passe son enfance au Pakistan, où sa famille vit en exil jusqu’en 2011. Confronté à une situation politique instable, marquée notamment par les restrictions croissantes sur l’éducation des filles, son père prend une décision courageuse : entamer un processus d’immigration vers le Canada, par le biais d’un parrainage privé.
Après six ans et demi d’attente, la famille de Sahar arrive finalement à Sherbrooke en 2011. Leur installation est marquée par une tragédie : peu de temps après leur arrivée, le père de Sahar tombe gravement malade et décède. Ce deuil vient bouleverser leur équilibre familial et oblige les enfants à assumer rapidement de nouvelles responsabilités. Les filles doivent maintenant travailler pour subvenir aux besoins de la famille.
Sahar devient interprète au Service d’aide aux Néo-Canadiens tout en poursuivant des études de francisation. Elle reprend son parcours scolaire depuis le secondaire, puis poursuit des études collégiales. Cependant, elle rencontre des défis liés à l’adaptation culturelle, linguistique et sociale, ce qui la pousse à opter pour un autre établissement plus accueillant. Elle termine une formation en psychologie avant d’obtenir un diplôme en psychologie appliquée à l’Université Bishop’s, avec une concentration en neurologie.
Au plan professionnel, pendant sept ans, elle devient intervenante auprès des familles immigrantes. Depuis cinq ans, elle supervise les programmes de l’organisme Littératie Ensemble, qui œuvre à promouvoir l’éducation et l’apprentissage pour la région de l’Estrie. Son engagement et son excellence lui ont valu plusieurs distinctions, tant au cours de ses études qu’au fil de son parcours professionnel.
Sahar évoque aussi le long processus d’intégration sur le plan social : il a fallu du temps pour se faire des amis, créer un réseau et se sentir incluse dans la communauté. Elle se rappelle l’absence de ressources culturelles à son arrivée. Il n’y avait aucun magasin interculturel où trouver des produits essentiels à leur culture : pas de viande halal, pas de pain afghan ou d’épices orientales. Cela renforçait leur sentiment d’isolement, d’autant plus que l’hiver rigoureux accentuait leur choc culturel.
Un soutien essentiel leur a été offert par l’Association éducative et transculturelle de l’Estrie qui avait parrainé la famille. Ce soutien a joué un rôle fondamental dans leur intégration. Ils ont également été épaulés par des voisins bienveillants, ce qui a permis à la famille de créer des repères solides et de retrouver un sentiment de sécurité.
Aujourd’hui, Sahar souligne son attachement profond à Sherbrooke, une ville où elle a grandi et évolué, et où elle habite toujours dans le même quartier, fidèle aux souvenirs de son père qui a joué un rôle central dans leur parcours.



