La ville de Sherbrooke, au cœur des Cantons-de-l’Est, attire de plus en plus de personnes immigrantes. Son dynamisme, sa diversité culturelle et sa qualité de vie séduisent chaque année des familles, des étudiants et étudiantes ainsi que des travailleuses et travailleurs venus des quatre coins du monde.
Il est vrai qu’elle est reconnue pour son accueil chaleureux et sa population en général ouverte à l’immigration. Pourtant, derrière les sourires de bienvenue et les discours d’intégration, se cachent souvent des réalités plus complexes, notamment sur le plan de la santé mentale.
Un déracinement aux conséquences profondes
Le parcours migratoire, qu’il soit choisi ou subi, s’accompagne de nombreuses ruptures : rupture culturelle, familiale, sociale, parfois même linguistique. Ces pertes, souvent invisibles ou minimisées, peuvent provoquer des traumatismes profonds.
Passée l’euphorie des premiers jours, beaucoup ressentent un sentiment d’isolement, de perte d’identité, d’anxiété face à l’inconnu. Ce choc du déracinement devient un poids difficile à porter, surtout lorsque les repères d’origine ne sont plus là et que de nouveaux tardent à se construire.
À Sherbrooke comme ailleurs, l’intégration socio-économique reste un grand défi. De nombreux immigrants travaillent dans des emplois qui ne reflètent ni leur niveau de formation ni leurs compétences. La non-reconnaissance des diplômes, la barrière de la langue, un manque de réseau professionnel et une discrimination parfois subtile aggravent leur sentiment de rejet.
Certains témoignent :
«Je me suis sentie dépaysée. » «Je n’ai pas réussi à m’intégrer. J’ai des camarades de classe, mais hors du campus, on s’ignore. » «Je ne pensais pas pouvoir me sentir aussi seul.»
Ces paroles révèlent une douleur silencieuse, souvent issue d’un contraste brutal entre leur vie d’avant, souvent marquée par la vie communautaire et la réalité d’ici, parfois perçue comme froide ou individualiste.
Une santé mentale fragilisée
Cette instabilité socio-économique et affective peut avoir de lourdes conséquences sur la santé mentale. Dépression, anxiété, troubles du sommeil, perte de confiance : autant de signes de mal-être qui touchent de nombreux immigrants, souvent dans l’ombre.
L’absence de réseau social solide accentue encore ce malaise. Se retrouver dans une ville sans repères, sans proches, sans compréhension des codes sociaux, peut devenir une réelle épreuve. Chez certains, cela réactive de vieilles blessures ou aggrave des troubles déjà existants.
Un autre défi de taille : accéder aux services de santé mentale. Malgré les efforts de plusieurs cliniques et organismes communautaires à Sherbrooke, les obstacles sont nombreux : délais d’attente trop longs, peu de professionnels multilingues, manque de connaissance du système de santé québécois, tabous culturels autour de la santé mentale.
Nombreux sont ceux qui n’osent consulter qu’en dernier recours, voire pas du tout. Pourtant, une aide précoce permettrait souvent d’éviter des crises majeures. Il existe bien des initiatives locales, mais elles sont encore trop peu connues.
À Sherbrooke, il reste beaucoup à faire pour favoriser une véritable inclusion. Cela passe notamment par un soutien accru aux organismes communautaires, une meilleure reconnaissance des compétences des personnes immigrantes, et la création d’espaces de dialogue interculturel. Accueillir ne devrait pas seulement signifier « ouvrir ses portes», mais aussi « ouvrir son cœur » et « tendre la main ». Derrière chaque personne, il y a une histoire, un parcours, une richesse. Et c’est en permettant à chacun de contribuer pleinement que notre société peut réellement grandir.
