Grâce au projet Bienvenue à Sherbrooke, soutenu par le Programme d’appui aux collectivités (PAC) du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), un des volets de ce projet consiste à faire connaître le parcours des personnes immigrantes qui appellent aujourd’hui Sherbrooke leur nouvelle maison. Les histoires qui seront partagées ici seront compilées en vue de la publication d’un livre numérique.
Un témoignage d’accueil : le parcours de Miguel Retamal
Né à Santiago, au Chili, Miguel Retamal a grandi à Los Nogales, un quartier populaire qui l’a façonné. Très tôt, il trouve dans le théâtre un espace de liberté et de création. Mais, en 1973, sa vie bascule : un coup d’État militaire frappe son pays de plein fouet. Alors qu’il étudie et travaille dans un bureau du gouvernement, il est arrêté et accusé d’être un agitateur social. Miguel se voit contraint à un exil brutal hors du Chili. Heureusement, deux prêtres québécois qui le connaissaient sont intervenus pour lui permettre de quitter le pays.
Alors qu’initialement la destination de Miguel et de sa famille devait être la ville de Toronto, la famille, influencée par les récits de Jacques, l’un des deux prêtres, choisit finalement de s’installer à Montréal. C’est ainsi que, le 29 août 1974, avec sa femme et leur enfant de trois ans, il débarque dans la métropole québécoise, porté par un seul espoir : trouver un refuge sûr et reconstruire sa vie.
À son arrivée, Miguel ne connaît personne et ne parle ni le français, ni l’anglais. Avec seulement 20 dollars en poche, il doit faire face à l’incertitude. Après une longue attente à l’aéroport de Montréal, la petite famille voit enfin arriver une religieuse québécoise, dépêchée d’urgence par la délégation qui les attendait à Toronto. Parlant espagnol, elle leur tend la main et les conduit à l’hôtel Queens. Là, il rencontre d’autres réfugiés chiliens, chacun porteur d’un récit de douleur et de survie.
Commence alors pour lui un difficile parcours d’intégration. Les années qui ont suivi son arrivée au Canada ont été teintées de défis de tous ordres. Les petits boulots s’enchaînent : travaux pénibles, emplois précaires, salaires dérisoires. La barrière linguistique est un obstacle constant. Les accidents de travail laissent des séquelles mentales et des tensions au sein de sa famille. « À certains moments, je croyais que ma vie n’avait plus de sens », avoue-t-il.
Sa vie prend un tournant lorsque des professionnels de la santé l’encouragent à se concentrer sur sa passion pour le théâtre, ce qui a été crucial pour sa résilience; c’est le théâtre qui l’a sauvé. Entre deux emplois, Miguel organise des ateliers et écrit des pièces de théâtre.
Dans les années 1980, il devient directeur artistique de la troupe de théâtre expérimental Volcan de Montréal. Ses créations, telles que Rosita ou Les cuisinières du bout du monde et La espera (L’attente), explorent l’exil, l’attente, l’identité et la dignité. Plus qu’un metteur en scène, il devient mentor, professeur, auteur de pièces pour enfants et adultes, artisan de théâtre-forum.
Le parcours de Miguel illustre à la fois la dureté de l’immigration et la force des liens humains, mais surtout l’incroyable pouvoir de la créativité face à l’adversité. Un héritage vivant qu’il partage désormais avec Sherbrooke, lui qui affirme : « Le théâtre m’a appris qu’aucune souffrance n’est inutile si on arrive à la transformer en création. »
Malgré la douleur, malgré les épreuves familiales et personnelles, il a transformé son exil en une œuvre de vie. Aujourd’hui encore, il continue à transmettre son amour du théâtre, convaincu que l’art peut guérir, rassembler et donner une voix à ceux qu’on voudrait faire taire.



