Grâce au projet Bienvenue à Sherbrooke, soutenu par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), un des volets de ce projet consiste à faire connaître le parcours des personnes immigrantes qui appellent aujourd’hui Sherbrooke, leur nouvelle maison. Les histoires qui seront partagées ici seront compilées en vue de la publication d’un livre numérique.
« Le Canada devait n’être qu’un rêve éphémère, une escapade de deux semaines tout droit sortie des brochures touristiques. En quittant Port-au-Prince, Fabienne et son mari ne s’attendaient pas à ce que les paysages enchanteurs du Vieux-Montréal et de Québec, si souvent admirés sur leurs écrans, deviennent un jour le décor d’une vie à réinventer.»
Sa vie prend un tournant lorsque Fabienne Jérémie arrive à Montréal le 16 octobre 2024 avec son mari pour deux semaines de vacances. Ils voulaient visiter le Vieux-Montréal, la ville de Québec, et découvrir le Canada.
Originaire d’Haïti, « ce pays tropical où la chaleur du climat se double toujours d’une chaleur humaine », elle évoque avec fierté sa terre natale, sans pour autant occulter la réalité d’une nation fragilisée par l’instabilité politique et l’insécurité.
Alors que le couple s’apprêtait à rentrer, le Canada a reporté tous les vols vers Haïti, suite à des tirs visant l’aéroport de Port-au-Prince. Des mesures spéciales leur permettent d’obtenir un permis de travail
ouvert jusqu’en 2027. Le choc est total. Ils avaient tout laissé : carrières, vie sociale.
L’intégration s’annonce difficile. Sans réseau ni historique de crédit, trouver un logement semble impossible. Une connaissance originaire d’Haïti, déjà installée à Sherbrooke, leur offre un toit. C’est ainsi que Fabienne atterrit dans cette ville qu’elle ne connaissait pas.
L’adaptation est un défi de tous les instants. Le climat, d’abord : venant d’un pays tropical, l’hiver canadien fut une épreuve. « Venir en visite, c’est beau, c’est différent, on aime, raconte-t-elle. Mais rester pour y vivre, c’est une tout autre réalité. »
Si Fabienne a fait de grands pas (changer son permis, acheter une voiture, trouver un travail), une frustration demeure : la non-reconnaissance de ses diplômes. Son évaluation académique reconnaît pourtant un niveau équivalent au baccalauréat en commerce, mais son statut l’empêche de poursuivre des études ou d’exercer dans son domaine. Son mari subit le même sort : sa maîtrise allemande en administration des affaires n’étant pas reconnue, il travaille comme préposé alimentaire. Une situation d’autant plus frustrante qu’il bénéficiait d’une réelle valorisation professionnelle en Haïti.
La vie quotidienne n’est pas simple non plus. Fabienne n’a pas de couverture médicale : elle ne peut pas se permettre d’être malade et doit recourir à des remèdes maison. Elle vit également avec la douleur déchirante de n’avoir pu, après le décès de son père survenu le 23 août 2025, retourner à Haïti assister à ses funérailles à cause de la situation sécuritaire.
Son pays lui manque profondément. Très active dans des organisations de femmes là-bas, elle n’a pas encore trouvé comment s’intégrer ici. « Je suis une personne sociale… Pour l’instant, je vais travailler et je rentre chez moi. Le côté social me manque beaucoup. »
Malgré les épreuves, Fabienne cultive un optimisme remarquable. «Je garde espoir, car je suis fondamentalement positive» confie-t-elle. « Sherbrooke et ses habitants m’inspirent. »
Entre espoirs, frustrations et résilience, l’histoire de Fabienne illustre les défis complexes de l’immigration et la force qui permet de bâtir une nouvelle vie, même lorsqu’elle commence par un hasard.



