Je m’appelle Jean, j’ai 78 ans et je vis seul dans notre maison familiale depuis le décès de ma femme. Nous y avons vécu ensemble pendant plus de 50 ans. Cette demeure, c’est toute ma vie : mes souvenirs, mes habitudes, mon jardin que j’ai planté de mes propres mains. Depuis quelque temps, je trouve plus difficile de prendre soin de mon chez-moi. Je deviens fatigué rapidement lorsque j’effectue certaines tâches : faire mon lavage, entretenir l’extérieur de ma maison, préparer mes repas, etc.
Mes enfants ont commencé à s’inquiéter pour moi en voyant mon niveau d’énergie diminuer. Ils me répétaient souvent «Papa, la maison est rendue trop grande pour toi et tu n’es plus capable d’en prendre soin comme avant. Il est temps que tu vendes et que tu ailles en résidence. » Au début, je comprenais leur inquiétude, mais rapidement, leur suggestion est devenue une pression pour vendre la maison.
Chaque visite se transformait en dispute : « Tu es têtu, papa! » « Pense à nous qui sommes inquiets pour ta santé! » Les reproches se succédaient sans arrêt. Mes enfants, que j’aime profondément, ne semblaient plus comprendre ma vision quand je leur expliquais que ma maison c’était ma vie, mon autonomie et ma dignité.
Peu à peu, les visites se sont espacées, le téléphone sonnait moins souvent. Je me suis retrouvé seul, confronté à cette pression constante de mes enfants. Je me sentais coupable de « causer des problèmes», mais en même temps, j’avais l’impression qu’on ne respectait plus mes choix et mes droits.
C’est mon voisin qui m’a parlé de Dira- Estrie. « Ils aident les personnes aînées qui vivent des situations difficiles », m’a-t-il dit… Je sais que mes enfants m’aiment, mais une partie de moi savait que ce que je vivais n’était pas normal. Au début, je me demandais si c’était vraiment de la maltraitance.
L’intervenante de Dira-Estrie m’a d’abord écouté. Elle m’a expliqué que j’avais le droit de choisir où vivre, que mes enfants pouvaient s’inquiéter sans pour autant décider à ma place. Mon intervenante m’a référé et accompagné afin d’obtenir de l’aide pour prendre soin de moi et de ma maison. Aujourd’hui, je reçois des repas de la Popote roulante de Sercovie, j’ai une aide à domicile avec la Coopérative de services à domicile de Sherbrooke pour l’entretien et les courses, et pour m’aider avec le lavage. Tout en respectant mon budget, j’ai aussi engagé une compagnie pour prendre soin de mon gazon et faire le déneigement de mon entrée, l’hiver.
L’intervenante m’a aidé à renouer avec mes enfants. Elle m’a donné des outils pour leur expliquer mes besoins et mes limites. Mes enfants et moi avons eu une vraie conversation, pour la première fois depuis des mois. En constatant toute l’aide dont je bénéficie maintenant, ils ont été soulagés. Ils comprennent que j’ai la possibilité de rester chez moi tout en étant en sécurité.
Aujourd’hui, je demeure encore dans ma maison. Mes enfants viennent me voir par plaisir, et non par inquiétude. Mes liens familiaux sont rétablis et je suis libre de mes choix.
Vous vivez ou croyez vivre une situation de maltraitance? Contactez-nous! www.dira-estrie.org ou 819 346-0679. Service gratuit et confidentiel.
