Un professeur sherbrookois d’origine palestinienne milite pour la fin de la guerre en Palestine.
Ayman Oweida est professeur à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et est installé ici depuis 2019. Il sentait le besoin d’ajouter sa voix palestinienne à la lutte pour la paix en Palestine. Il indique qu’il a seulement visité Gaza jusqu’en 2000, qu’il n’y a jamais habité.
Il a toutefois de beaux souvenirs de la ville. « Je sentais que j’étais dans une ville qui avait de bonnes infrastructures, il y avait des centres commerciaux, de très bons restaurants, des plages, des chalets, […] des tours de logements* », détaille Ayman. Il a même visité son oncle au vingtième étage d’une de ces tours.
Il précise que dans les années suivantes, « c’est resté comme ça malgré diverses guerres, mais aucune qui se rapproche de ce qu’on a vu en 2023 ».
L’histoire familiale
« [Mes grands-parents] sont originaires d’une ville appelée Beer-Sheva, qui fait maintenant partie d’Israël. C’est [à moins de] 100 km de Gaza. Ils ont été évincés de leur maison et ils se sont rendus à Gaza comme réfugiés », raconte Ayman Oweida.
« Mes grands-parents ont été capables éventuellement de passer de réfugiés à citoyens gazaouis, non, pas citoyens, je ne connais pas le bon mot. Résidents gazaouis », se remémore le professeur.
« Mon père a été expulsé dans les années 80. Il est allé en Égypte, puis il a étudié à l’université en Arabie Saoudite. […] Ma mère, aussi palestinienne, l’a rejoint et je suis né en Arabie Saoudite. Puis, nous avons immigré en 1992 au Canada, à Halifax », conclut Ayman.
La situation sur le terrain
Ayman a des oncles, tantes, cousins et cousines encore à Gaza. « Je garde contact avec eux et je leur transfère de l’argent ici et là pour les soutenir », souligne-t-il.
Les membres de sa famille vivant dans le nord de Gaza ont dû fuir leur maison parce que cette région était sous bombardement intensif pendant deux ans. Ils ont vécu dans des tentes en attendant.
Maintenant, « plusieurs sont de retour à leur maison. Mais beaucoup de maisons sont démolies, donc, ils essaient de trouver de l’espace à l’intérieur. Parfois, c’est juste un mur qui est détruit, donc ils mettent un rideau. Je crois que la prochaine [étape] est de reconstruire », rapporte Ayman.
Militer pour la paix, à distance
Comment se sent-il face aux nouvelles de la guerre ? Il se dit « très déçu de comment le monde est incapable d’agir d’une façon qui promeut la paix, la justice et l’imputabilité ».
Pour le professeur, les gens à Gaza méritent d’avoir le même mode de vie que 100 km plus loin, en Israël.
Il est préoccupé pour les enfants de Gaza. « Ils manquent de l’école, […] vivent des traumatismes, de la peur. Peu importe où tu vis à Gaza, tu as traversé l’enfer. […] J’espère qu’ils peuvent trouver les ressources pour guérir pour être heureux dans le futur », mentionne-t-il.
Dans les médias et ailleurs, il sentait qu’il y avait un manque de voix palestiniennes dans les opinions sur la guerre. Étant moins de dix personnes d’origine palestinienne à Sherbrooke, il devait s’engager. « J’aime écrire, donc il m’est arrivé d’écrire à la Montreal Gazette et localement à The Record. J’ai aussi répondu à des entrevues », explique Ayman. Il a aussi fait de la sensibilisation et a participé à des manifestations.
« La poursuite à la Cour pénale internationale me donne de l’espoir, mais je ne sais pas de quel côté ça va aller. Israël est poursuivi, avec beaucoup de preuves, pour des crimes de guerre commis par l’armée israélienne », souligne Ayman.
*L’entrevue a été conduite en anglais, les citations sont donc des traductions libres des propos de Ayman Oweida.

