Cela fait 60 ans que nous sommes mariés et que nous bâtissons notre vie et notre famille dans notre maison de campagne. C’est ici que nos trois filles et notre fils ont grandi, ici que nos souvenirs se sont enracinés.
Avec notre fils, nous avons toujours eu l’impression que la confiance était fragile et que les échanges étaient teintés de contrôle. En conséquence, motivés par la peur des représailles, nous avons tout fait depuis son jeune âge pour répondre à ses demandes, qui ressemblaient davantage à des exigences. Ce qui nous faisait vivre un grand sentiment d’impuissance, d’angoisse et de déshonneur au départ est graduellement devenu la norme pour nous, jusqu’à ce que notre fils s’immisce dans une démarche de trop.
Le 14 octobre 2023, notre fils est arrivé chez nous accompagné d’une conseillère en résidence pour aînés sans préavis ni discussion. Il nous a également annoncé qu’il avait déjà entrepris des démarches avec un courtier immobilier pour vendre notre maison, afin de nous dégager de ces responsabilités, selon ses propos.
En entendant ces paroles, nous sommes restés bouche bée tellement nous étions secoués! On parlait de notre maison, sans considération. On discutait de l’endroit où l’ensemble de nos souvenirs ont été créés, sans nous impliquer. On nommait les options sans désir d’entendre notre perception. On nous mettait des besoins dans la bouche, sans que nous puissions y ajouter notre touche.
Déterminés à reprendre le pouvoir sur notre vie, nous avons pris notre courage à deux mains pour contacter DIRA-Estrie, un organisme qui vient en aide aux personnes aînées en situation de maltraitance. Nommer ce que nous vivions a été douloureux, mais libérateur. C’était la première étape pour reprendre notre place, notre voix et notre dignité.
Notre intervenante a pris le temps de nous écouter et de s’intéresser à nos besoins, puis elle nous a présenté différentes options tout en respectant notre rythme, nos valeurs et nos opinions, ce qui nous a fait sentir en sécurité.
Lors de l’une de nos rencontres, elle nous a expliqué la différence entre la bienveillance et la bientraitance. Elle a mentionné qu’il se peut, ne connaissant pas ses intentions, que les démarches entamées par notre fils provenaient d’un désir d’exercer la bienveillance à notre égard. Cependant, elle a ajouté une nuance importante et qui est venue normaliser le malaise que nous vivions face à l’ingérence de notre fils. Elle nous a expliqué qu’afin de démontrer un intérêt sincère face à nos désirs et nos besoins, ainsi que pour respecter nos droits, il aurait été essentiel que notre fils nous consulte et nous implique dans chacune des décisions et des démarches concernant la vente de notre propriété.
L’accompagnement de l’intervenante nous a amenés à une prise de conscience : ce n’est pas parce que les comportements maltraitants sont devenus normaux qu’ils sont acceptables. Et ce n’est pas parce qu’une personne se dit bienveillante qu’elle respectera nécessairement nos droits. Nous avons des droits en tant qu’individus et surtout, suffisamment de valeur et de dignité pour être inclus et traités avec respect et considération.
Vous vivez ou croyez vivre une situation de maltraitance?
Contactez-nous! www.dira-estrie.org ou 819 346-0679.
Service gratuit et confidentiel.

