Il y a une différence entre vivre quelque part et appartenir à un lieu. Un quartier peut être rempli de logements, de commerces et de lieux publics, mais ce qui en fait un lieu vivant, inclusif et accueillant, c’est le lien entre les gens qui tisse le sentiment d’appartenance. Pour plusieurs, ce sentiment va de soi. Mais pour celles et ceux qui arrivent dans un nouvel environnement, tout est à reconstruire. C’est vrai quand on change de ville ou de quartier, mais encore plus quand on change de pays.
Cette édition du Journal communautaire Regards va à la rencontre des nouveaux arrivants et arrivantes que nous côtoyons au quotidien pour faire entendre leur voix. Toutes les personnes qui y ont écrit un témoignage ont en commun d’avoir vécu la francisation et le processus d’intégration culturelle. Ce processus, aussi enrichissant soit-il, en est aussi un parsemé d’embûches.
Ces témoignages nous invitent à réfléchir à une question fondamentale qui est importante pour tout le monde, peu importe le statut et le pays d’origine : que signifie se sentir chez soi? Et comment peut-on se sentir chez soi dans notre quartier? Est-ce le fait d’avoir accès à des services essentiels, de voir des visages familiers, d’avoir des repères? Ou encore d’avoir une communauté qui nous soutient et qu’on soutient dans les moments difficiles? Plus élémentaire encore, est-ce le fait de se sentir accepté et de ne pas être désavantagé et discriminé, que ce soit ouvertement ou systématiquement? Pour plusieurs, cette sécurité fondamentale n’est pas acquise, même plusieurs années après leur arrivée.
Un quartier peut-il réellement être accueillant et inclusif si l’intégration culturelle repose uniquement sur les nouveaux arrivants? Cette perception selon laquelle les gens qui arrivent doivent s’intégrer nous déresponsabilise par rapport à notre rôle en tant que société d’accueil. Toute rencontre est un échange et, dans tout échange, il y a deux parties impliquées qui doivent faire preuve de curiosité et d’ouverture pour un échange juste et enrichissant.
Les membres des communautés culturelles enrichissent notre société par leur vécu et leurs différences, mais aussi par les similitudes que nous partageons. Celles-ci se cachent parfois sous les pratiques culturelles, derrière la barrière du langage et à travers les systèmes de valeurs qui nous semblent étrangers. Derrière les différences qui nous paraissent d’abord évidentes et déconcertantes, plusieurs besoins fondamentaux de sécurité et de connexion sont universels et partagés par toutes et par tous, sans égard à la culture ou au pays d’origine. Ces similitudes sont les ponts par lesquels nous pouvons passer d’une société qui intègre les nouveaux arrivants à une société qui s’intègre et se réintègre sans cesse à la diversité culturelle qui l’entoure, grandissant et se transformant par le contact culturel continu.
À travers ces récits, nous vous invitons à entendre la voix des nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes sur ce qui rend un quartier vivant, inclusif et accueillant. Leurs témoignages sont des invitations à imaginer ensemble des espaces où tout le monde, peu importe son parcours, peut se sentir chez soi.

